• Anne-Marie Berberides

Billet d'humeur : changeons de regard

Mis à jour : avr. 10


Et si le problème, c’était simplement notre méconnaissance de l’autre. Et si c’était simplement le fait d’être paresseux, de n’avoir pas envie de connaître l’autre ?

L’autre, cet inconnu, différent de nous, source de danger.

Cette réticence à connaître l’autre, à aller vers lui, vers l’ailleurs, avec le risque de se retrouver hors de sa zone de confort, cette expression si à la mode. Hors de sa zone de sécurité. Aller parler, côtoyer une personne qu’on ne connaît pas… Mais cette crainte de l’autre est-elle encore valide dans notre monde d’aujourd’hui hyper sécurisé et structuré ?


Non, je vous assure, le risque n’est pas si grand.

Que risque-t-on après tout à communiquer avec l’autre ? Je ne parle pas des réseaux sociaux, là c’est autre chose. On risque le regard de l’autre ? Des autres ? Certainement. Aller vers l’autre, le différent, l’étrange, bref l’Etranger suppose un minimum de confiance en soi. Et en l’autre.

Evidemment, s’ajoute à cela notre propre histoire et notre propre chemin. Nous a-t-on appris à approcher la personne différente de nous, à nous ouvrir à d’autres milieux ? En cela va découler notre rapport à l’autre, aux autres, à l’ailleurs et au monde.

Mais pourquoi parler à l’autre, au fait ?

Pourquoi ne pas rester tranquille dans son propre monde ? Mais tout simplement parce que cela n’est pas possible. Parce que nous vivons ensemble qu’on le veuille ou non.


Nous sommes des êtres sociables, et communiquer (dans le sens latin du mot "avoir part, partager, entrer en relation avec") est indispensable à l’être humain. Alors d’une manière ou d’une autre, nous rentrerons en contact avec un autre être humain.


Que fera-t-on à ce moment-là ? Il existe plusieurs alternatives :


- On fuira car on aura peur

- D'autres penseront à attaquer (voir raison du numéro un), mais nous sommes des êtres civilisés !

- On le croisera en détournant le regard pour éviter le contact physique (car « raison numéro 1 » )

- Ou bien, on entrera en contact visuel et/ou verbal


Dans les trois premiers cas, la peur est là. Celle dont nous avons parlé plus tôt. Mais on l’a déjà dit, le risque dans notre civilisation est très limité.

On ne risque pas l’attaque ni la mort (dans la majeure partie des cas, quand même !). Alors pourquoi garder cette appréhension ?

Je ne dis pas d’aller aborder toutes les personnes marginales ou différentes et les accoster. Non.


Mais apprendre et s'intéresser

Apprendre à les connaître en s’intéressant à leur cas, leur façon de vivre, ce qui les a amenés là où elles se trouvent. S’intéresser. Et peut-être un jour, leur adresser un regard, ou pourquoi pas un mot …ou un sourire ?

Qui sont ces gens dont je parle ?

Eh bien tous les "marginaux", les gens qui ne sont pas de notre milieu, qu'on ne croise pas tous les jours, les gens un peu"bizarres", quoi.

Un SDF, un mendiant, le voisin de palier qui a l’air toujours si malheureux, le balayeur, la caissière, la mamie qui tire son caddie, l’homme qui claudique qu’on rencontre à la boulangerie, l’aveugle aux yeux pas très droits, le jeune homme trisomique qui se promène avec sa vielle maman ou encore la personne en fauteuil roulant qui se fraie un chemin dans la foule.

Il est grand temps de changer de regard !

Il n'y a pas si longtemps que cela, les personnes handicapées ne sortaient pas du tout de chez elles…et même certaines étaient exposées dans les foires !

Regardons-les, elles font partie de notre vie, de la vie.

Au lieu de détourner la tête, accordons-leur le droit d’exister au milieu de nous.

Même si pour moi, le fait de ne pas vouloir voir l’autre et communiquer est un sérieux handicap, et que beaucoup de circonstances font de nous des personnes « handicapées de la vie », je parlerai en général dans mes articles des handicaps reconnus et catalogués.


Pour info, il existe trois grandes classes de handicap. Le législateur dans la loi de 2005, parle pour la première fois de « déficience » qui peut amener un « handicap ». Il y a donc :

- la déficience motrice

- la déficience sensorielle : visuelle et auditive

- et la déficience mentale


Remarquez ici que les personnes porteuses de handicap ne sont pas seulement les personnes en fauteuil roulant !


Et inversement, les personnes à mobilité réduite (PMR) ne sont pas seulement des personnes qui rentrent dans ces définitions, mais peuvent également être des personnes en surpoids, des personnes avec poussette, des femmes enceintes, des personnes portant des béquilles ou en fauteuil roulant suite à l'empêchement momentané de marcher !

Ces personnes ont des particularités qui à un moment donné et dans certaines circonstances les empêchent de vivre pleinement en société. D’ailleurs la loi du 11 février 2005 s’appelle la loi « pour l'égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées ».


Apprendre à connaître les différents handicaps, les différentes entraves à la vie en société, c’est apprendre à connaître les autres, les "différents de nous".

Apprendre à connaître nos différences, c’est s’enrichir, nous le savons bien.

Et j’admire les parents et les éducateurs qui apprennent aux enfants à connaître et côtoyer des personnes handicapées ou encore à se retrouver dans la peau d’un aveugle ou en fauteuil roulant... Cela devrait faire partie de toute éducation.

Et ces personnes différentes, handicapées, ces accidentés de la vie ont beaucoup de choses à nous apprendre aussi. Comme toutes les personnes qui croisent notre vie.

Apprenons à aller vers l’Autre ou tout du moins à ne pas le fuir.

Je parle d’une manière d’être et d’ouverture.


Et autre chose, ce n’est pas parce que la personne est handicapée, qu’elle sera gentille et de bonne humeur ! Les êtres humains ont chacun derrière leur handicap (visibles ou non visibles) leur caractère et leur histoire de vie !


Bref, en connaissant les différents handicaps, en côtoyant ces personnes, celles-ci nous feront moins peur et on arrêtera de détourner le regard pour ne voir en face de nous que des êtres humains.

Tout simplement.


Vous avez pensé à sourire aujourd'hui ? 😊


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